lundi 25 février 2019

J'ai perdu Albert de Didier Van Cauwelaert

« Je suis la voyante la plus en vue du pays et, depuis hier midi, je ne vois plus rien. »
Pourquoi, après vingt-cinq ans de cohabitation, l’esprit qui hante Chloé l’a-t-il soudain quittée pour sauter dans la tête d’un garçon de café, Zac, apiculteur à la dérive qui ne croit en rien ? La situation est totalement invivable, pour elle comme pour lui, d’autant que cet esprit qui s’est mis à le bombarder d’informations capitales et pressantes n’est autre qu’Albert Einstein…
Dans une comédie romantique haletante où la spiritualité s’attaque aux enjeux planétaires, Didier van Cauwelaert invente avec bonheur une nouvelle forme de triangle amoureux.

Mon avis

J'avais envie de continuer à lire cet auteur, car c'est toujours un plaisir de retrouver les thèmes qui lui sont chers, comme le paranormal ou les abeilles, et l'écriture est toujours fluide et agréable.
Chloé est médium, consultée par les politiques, les PDG de grosses entreprises, l'OTAN, disons les puissants de ce monde. Elle ne manque pas d'argent, mais en garde finalement peu pour elle, et fait adresser ses chèques à différentes oeuvres caritatives. Sa seule amie de longue date est sa secrétaire et en-dehors de son travail, elle n'a aucune vie privée. Elle voyage beaucoup pour consulter, pour des radios, des TV, et faire la promo de son livre qui vient de sortir. Et c'est à ce moment-là, sur un plateau TV, alors qu'un psychanalyste cartésien veut la mettre à l'épreuve qu'elle se rend compte qu'elle a perdu l'esprit qui lui parle et lui révèle tout, Albert est parti sans préavis, elle n'entend plus rien et est incapable de prédire quoi que ce soit, elle est seule. Et quand c'est l'esprit d'Albert Einstein qui lui parlait depuis 25 ans, c'est toute une vie à refaire ! Mais où est parti Albert et pourquoi ?
Chloé et Zac se sont rencontrés au café où il travaille, ils ont ressenti un bref malaise tous les 2, et c'est là qu'Albert a quitté Chloé pour rejoindre Zac. Il croit d'abord devenir fou, il anticipe les commandes, répond aux gens sur leur vie privée, et il finit par se faire virer. Il a déjà des problèmes avec les huissiers qui vont l'expulser de sa maison, les abeilles de ses ruches meurent les unes après les autres en s'entretuant, sa femme l'a quitté, bref sa vie est un désastre.
Mais quand il voit Chloé à la TV, il reconnait celle qu'il a vue au café, et comprend tout. Il se rend alors chez elle, et lui demande de le débarrasser de cet esprit. Chloé voudrait bien mais ne sait pas comment s'y prendre. Ils vont alors tout essayer : l'hypnose, l'exorcisme, les prières...
C'est donc par l'intermédiaire d'Albert qu'ils vont ainsi progressivement se rapprocher et trouver une solution pour sauver les abeilles et commencer une nouvelle vie ensemble...pendant qu'Albert va poursuivre sa route...
C'est un roman à 3 voix, où on a le point de vue de Chloé, de Zac, mais aussi d'Albert, et on apprend beaucoup de choses sur sa vie, sur ses rêves, sur sa volonté de paix dans le monde et son engagement pour les abeilles. L'auteur cite en conclusion des travaux de physiciens connus qui ont continué son travail ou fait des découvertes qu'Einstein avait initiées.
C'est aussi une réflexion sur la médiumnité, sur la communication avec les esprits, sur le monde de l'au-delà. Pourquoi et comment un esprit peut-il communiquer avec une personne et pas une autre ?
Comment gérer la médiumnité et rester soi-même, sous influence mais pas sous emprise ?
C'est aussi une belle histoire d'amour, simple, sans fioritures, qui va modifier complètement le cours de leurs vies.
Et c'est aussi bien sûr un autre plaidoyer pour les abeilles, entre Zac, apiculteur désespéré par la mortalité de ses ruches, Albert qui les a étudiées et Chloé qui, en les observant, comprend ce qui les perturbe (ondes électromagnétiques), ils vont évoquer la seule solution possible, la communication avec les abeilles par l'intermédiaire d'un robot mis au point par un chercheur.

Ce roman à la fois drôle, touchant et sérieux peut plaire à un large public par la diversité de sujets abordés, et c'est beaucoup plus fun qu'une biographie rébarbative d'Albert !

vendredi 22 février 2019

Et si tu étais une abeille ? de Didier Van Cauwelaert




Et si tu devenais une abeille ?...
Entre dans la ruche et découvre un monde fascinant, qui existe depuis 140 millions d'années ! Ce livre te propose de devenir toi-même une abeille. Choisis ton rôle : " nourrice ", " butineuse ", " constructrice " ou même " reine ", et partage la vie trépidante des abeilles. Il y a tant à faire dans la ruche, mais aussi à l'extérieur : nourrir les larves, nettoyer, ventiler, construire les alvéoles, empêcher les intrus d'entrer, partir butiner à des kilomètres à la ronde, revenir expliquer aux autres abeilles, par une danse d'orientation, où se trouvent les meilleures fleurs...
Tu ne verras plus la nature de la même manière, après cette aventure, et tu auras découvert des pouvoirs incroyables que les humains ne possèdent plus - ou pas encore...


Mon avis

Voilà le genre de livre que j'adore ! Classé livre jeunesse, il a beaucoup à apprendre aussi aux adultes ! Bien écrit, structuré, clair, précis, magnifiquement illustré, c'est une belle découverte du monde des abeilles, et en ce moment, il y en a bien besoin !
Ecolo par nature, puisque sans les abeilles, pas de pollinisation, et plus de fruits et légumes, c'est un livre qui devrait être distribué et étudié dans les écoles.
On y apprend beaucoup de choses sur les différents rôles des abeilles dans la ruche, mais aussi dans la société, leur mode de communication, leur fabuleuse intelligence. Sous une forme ludique, on peut découvrir leurs super pouvoirs mais aussi les dangers qui les menacent. Et ils sont nombreux ! Entre l'être humain, les pesticides, les ondes électromagnétiques, les OGM et les prédateurs auxquels elles doivent s'adapter, nos pauvres abeilles ont bien du mal à survivre. Et pourtant, l'homme est incapable de produire lui-même du miel et tous les délicieux produits de la ruche bons pour notre santé.
Ce livre pédagogique est un magnifique plaidoyer pour les abeilles. Il nous invite à voir le monde sous un autre angle et c'est en apprenant le mode de vie de ces insectes que l'homme pourrait avoir cette prise de conscience salutaire menant à la reconnaissance qu'il devrait avoir envers les abeilles et la protection qu'il devrait leur apporter. Pourquoi créer des robots pollinisateurs alors que des insectes qui étaient là avant nous font ça très bien ? Protégeons au lieu de détruire !

jeudi 7 février 2019

Petit Manuel de Résistance contemporaine de Cyril Dion

Que faire face à l'effondrement écologique qui se produit sous nos yeux ? Dans ce petit livre incisif et pratique, l'auteur de Demain s'interroge sur la nature et sur l'ampleur de la réponse à apporter à cette question. Ne sommes-nous pas face à un bouleversement aussi considérable qu'une guerre mondiale ? Dès lors, n'est-il pas nécessaire d'entrer en résistance contre la logique à l'origine de cette destruction massive et frénétique de nos écosystèmes, comme d'autres sont entrés en résistance contre la barbarie nazie ? Mais résister contre qui ? Cette logique n'est-elle pas autant en nous qu'à l'extérieur de nous ? Résister devient alors un acte de transformation intérieure autant que d'engagement sociétal... Avec cet ouvrage, Cyril Dion propose de nombreuses pistes d'actions : individuelles, collectives, politiques, mais, plus encore, nous invite a considérer la place des récits comme moteur principal de l'évolution des sociétés. Il nous enjoint de considérer chacune de nos initiatives comme le ferment d'une nouvelle histoire et de renouer avec notre élan vital. A mener une existence où chaque chose que nous faisons, depuis notre métier jusqu'aux tâches les plus quotidiennes, participe à construire le monde dons lequel nous voulons vivre. Un monde où notre épanouissement personnel ne se fait pas aux dépens des autres et de la nature, mais contribue à leur équilibre.

Mon avis :

Dans le climat ambiant de morosité, de violence et d'incompréhension face aux politiques actuelles, j'avais envie de retrouver un peu de positif dans ce monde de brutes !

Seulement ça commence mal car l'auteur nous dresse d'abord l'état des lieux, le constat de dégradation globale de notre planète, de la nature et des êtres vivants. Constat forcément déprimant, que l'on connaît, mais il faut bien partir de là pour comprendre la nécessité d'agir.
Il nous rappelle la légende du colibri relayée par Pierre Rabhi, et le mouvement qu'ils ont créé. Et on se rend vite compte que faire sa part ne suffit pas... 
"On vous répète à l’envi que prendre une douche plutôt qu’un bain permettra d’économiser les ressources hydriques de la planète ? En réalité, 92 % de l’eau utilisée sur la planète l’est par l’agriculture (70 %) et l’industrie (22 %)."
Les stratégies individuelles ne suffisent pas et les politiques ne font rien.
"Les responsables politiques sont réduits à gérer la réalité, ils n’ont plus la capacité de l’orienter. La complexité est devenue trop grande. Ils sont en perpétuelle adaptation. Certains s’obstinent pourtant à essayer d’obtenir des résultats. D’autres rendent les armes et se concentrent sur ce qui est atteignable : garder le pouvoir. Pour cela, ils orientent leurs politiques en fonction des enquêtes d’opinion et des opportunités."
"Le pouvoir n’est plus vraiment entre les mains de ceux qui prétendent le détenir et monopolisent l’attention lors des spectacles électoraux."
Ce qu'il propose, c'est une coopération entre les citoyens et les élus :
"Pour engager des transformations politiques d’envergure, les citoyens ont besoin de responsables politiques courageux, qui ont eux-mêmes besoin de citoyens par millions pour les soutenir. Derrière chaque belle histoire de responsables politiques qui engagent des mutations démocratiques, écologiques ou sociales, on trouve des stratégies de coopération."

Il explique le fonctionnement de nos sociétés, l'argent, le capitalisme, la répartition des richesses, quels mécanismes de notre cerveau sont sollicités, pourquoi les mouvements "révolutionnaires" ne fonctionnent pas...Il cite de nombreuses références, des auteurs, des philosophes, des livres, des études. 
Le mécanisme des "récits" est parfaitement expliqué : comment nos croyances, notre éducation, notre culture, mettent en place des constructions mentales qui nous conditionnent et nous empêchent de penser autrement. Il faudra être suffisamment nombreux à vouloir construire de nouveaux récits, de nouvelles histoires pour qu'ils deviennent une nouvelle norme ! 
"L’ensemble de nos constructions individuelles et collectives est une succession de fictions, de croyances qui ont évolué au fil des siècles et bouleversé notre perception du monde."
"De tout temps, un faisceau d’histoires, de croyances a permis aux sociétés de se souder autour
de récits communs, qu’il s’agisse de Dieu, de royaumes, de l’infériorité d’êtres par rapport à d’autres (les femmes par rapport aux hommes, les Noirs par rapport aux Blancs…), du pouvoir absolu de symboles (l’argent aujourd’hui en est un particulièrement puissant) ou d’ennemis contre lesquels il fallait se rassembler."
"Ainsi, ces réalités “intersubjectives”, de par leur capacité à mettre en mouvement un nombre exceptionnel d’individus dans un processus de coopération, ont donné naissance aux États, aux systèmes politiques, à la technologie, à l’économie et aux monnaies, aux religions…"
"On peut avancer que le récit de la société libérale, capitaliste, consumériste moderne s’est élaboré et transmis de façon relativement similaire. Soutenu par une myriade de films, d’articles, de livres et de publicités qui l’ont fait triompher du récit communiste. Avant de remporter une victoire politique, les tenants du consumérisme débridé ont d’abord remporté une bataille idéologique et culturelle, une bataille de l’imaginaire. Il fallut donner un visage à ce monde nouveau, le rendre profondément désirable pour que le génie créatif et la force de travail de centaines de millions d’Occidentaux (dopés aux énergies fossiles) se mettent au service de ce projet et lui donnent corps. Avec l’espoir que cette entreprise rendrait leurs vies meilleures. Ce qui, à de nombreux égards, fut le cas, aux dépens de pays largement pillés et d’espèces vivantes sacrifiées."
"Que pèse une campagne d’ONG face à des millions de messages contraires délivrés chaque jour par les marques, les chaînes, les “influenceurs” de toutes sortes qui inondent les réseaux sociaux ? Que pèse un post de Greenpeace International sur Instagram (628 000 followers) appelant à agir pour le climat, contre un post de Kim Kardashian (105 millions de followers) appelant à acheter son nouveau gloss à paillettes ? Approximativement 10 000 likes contre 2 millions."
"Nous avons besoin de récits qui nous rassemblent, nous permettent de coopérer et donnent du sens à notre vie en commun. Mais ces récits, ces fictions ne sont que des outils, pas des vérités ou des buts en soi. Si nous l’oublions, nous déclenchons des guerres politiques, économiques, religieuses, dans l’objectif de défendre des concepts qui n’existent que dans notre imagination. Nous pillons les ressources, éradiquons les espèces au nom d’histoires, de fictions. Il y a dans cette idée quelque chose de tragique. Dès lors, pourquoi ne pas décider d’en élaborer d’autres ?"
Il se demande ce qui fait tenir la fiction actuelle, et fait le constat chiffré de la répartition de notre temps, assez édifiante.
"En 2017, un Français consacre en moyenne chaque jour de la semaine, cinq heures trente à travailler, huit heures à regarder des écrans, sept heures à dormir, une ou deux heures à manger, une heure et demie à se déplacer et le reste à vaquer à des occupations diverses." 
Dans cette société de consommation, nous sommes dépendants à l'argent, nous devons travailler pour pouvoir tout payer, rembourser nos crédits, nous sommes enchaînés.
Le divertissement, tous écrans confondus, nous prend 8 heures par jour hors temps de travail !! Avec toutes les perturbations que cela induit, manque de concentration, troubles du sommeil, problèmes psychologiques, dépression, isolement...
Se pose ensuite la question de la démocratie et des lois. Pour en arriver à la fâcheuse mais bien réelle conclusion que les citoyens que nous sommes n'avons absolument aucun pouvoir entre 2 élections, si nos élus ne nous satisfont pas. 
"Plus notre travail est pénible et peu épanouissant, plus nous nous sentons impuissants et découragés par la politique et plus nous avons tendance à nous réfugier dans le giron rassurant et coloré des smartphones, téléviseurs et autres tablettes pour nous “divertir”."

Le livre a été écrit bien avant le mouvement des gilets jaunes mais il illustre très bien, à la lumière des exemples d'autres mouvements, pourquoi ça ne fonctionne pas. L'impulsion de départ était bonne, elle a été suivie, mais au final, ça ne peut pas déboucher sur quelque chose car il n'y a pas de projet concret au bout. Sans compter le manque de coordination et d'organisation.
"Une poignée de personnes bien organisées peut prendre le dessus sur des millions qui ne le sont pas."
"La plupart des stratégies adoptées par les militants du climat, de la biodiversité ou des inégalités sont généralement partielles, segmentées, parfois spectaculaires mais sans vision de long terme. Elles manquent de leaders et, surtout, impliquent rarement une coopération entre élus, entrepreneurs et citoyens…"
"Dans nos organisations humaines, les quelques personnes capables de produire des récits suffisamment puissants pour entraîner derrière elles des millions d’autres, capables de créer ou de modifier les architectures (l’argent, la loi, le web…), détiennent le pouvoir. C’est ainsi qu’une toute petite minorité d’humains peut dominer une infinité d’autres. Elle a en main les règles du jeu. Jusqu’à ce que la majorité silencieuse prenne conscience qu’en se regroupant, en faisant bloc, elle peut les bouleverser."

Alors quoi faire ? Heureusement il nous oriente vers les solutions : 
"Ce dont nous avons instamment besoin est de changer de récit et de nous organiser. Et, ainsi, d’aiguiller la fourmilière humaine dans une autre direction. Chaque heure perdue ou volée à nous débattre dans les méandres de nos écrans, chaque journée passée à augmenter la productivité d’une entreprise dont l’activité n’a rien à voir avec le genre de monde que nous voulons construire, chaque achat que nous faisons, chaque repas que nous préparons, chacun de nos déplacements, chaque moment passé avec d’autres, chacun de nos choix sont autant d’opportunités que nous pouvons saisir. Du temps que nous pouvons regagner sur notre vie et utiliser pour construire une autre réalité."
Et c'est là que se posent les initiatives positives, tous ces gens qui se bougent pour construire un système différent, avec d'autres valeurs et d'autres mécanismes de pensées.
"Choisir est épanouissant. Inventer est fichtrement excitant. Sortir du conformisme renforce l’estime de soi. Être bien dans ses baskets est contagieux. Résister en ce début de XXIe siècle commence donc, selon moi, par refuser la colonisation des esprits, la standardisation de l’imaginaire." Ce sont toutes ces initiatives positives qui voient le jour un peu partout qu'il faut trouver, diffuser, partager pour montrer que c'est possible de le faire, que c'est encourageant et salutaire ! Tout le monde a des exemples près de chez soi : c'est ce paysan boulanger qui cultive des blés anciens en bio, qui fait sa farine et son pain, dans un circuit de distribution court ; c'est la cantine de cette école qui passe aux produits bios et locaux ; c'est cet entrepreneur qui invente une machine pour recycler le plastique...Et c'est là que chacun peut faire sa part car c'est l'invention, la mise en place et la propagation de ces nouveaux systèmes qui permettra de changer celui dont on ne veut plus.
"Chaque jour est une petite bataille à mener. Une opportunité de créer une autre réalité. Et cela commence aujourd’hui."

Ce petit manuel est très enrichissant par ses nombreuses références et son explication des mécanismes qui fondent notre société et notre façon de penser. Il propose la méditation, l'altruisme, l'empathie, la reconnexion à la nature pour se déconnecter de ces schémas, ce qui souligne bien que c'est d'abord en se changeant soi-même que l'ont peut changer le monde, il faut faire cet effort d'adopter un autre point de vue pour modifier des comportements dictés et programmés dès notre enfance. Tant de choses restent à inventer...😊

mercredi 30 janvier 2019

La libraire de la Place aux Herbes de Eric de Kermel

La librairie de la place aux Herbes à Uzès est à vendre ! Nathalie saisit l'occasion de changer de vie et de réaliser son rêve. Devenue passeuse de livres, elle raconte les histoires de ses clients en même temps que la sienne et partage ses coups de cœur littéraires. Elle se fait tour à tour confidente, guide, médiatrice... de Cloé, la jeune fille qui prend son envol, à Bastien, parti à la recherche de son père, en passant par Tarik, le soldat rescapé que la guerre a meurtri, et tant d'autres encore, tous vont trouver des réponses à leurs questions. Laissez-vous emporter par ces histoires tendres, drôles ou tragiques qui résonnent souvent avec les nôtres. Quand les livres inspirent et aident à mieux vivre...

Mon avis :
Ce livre est un petit bijou, le genre qu'il faut garder sous le coude pour y retrouver une citation ou une référence de livre, et qui donne envie d'aller à Uzès pour y bouquiner à une terrasse de la place.

Quand Nathalie décide de réaliser son rêve en achetant une librairie, elle troque Paris pour Uzès et son métier de professeur pour celui de libraire. Son mari Nathan est architecte et continue à travailler à Paris, faisant les allers-retours en TGV. Leurs deux enfants ont déjà quitté le nid, ils reviennent de temps en temps, les relations avec sa fille sont un peu tendues. Nathalie nous raconte tout ça à travers les portraits d'une galerie de personnages, de lecteurs qui poussent la porte de sa librairie.
Tous ces personnages bien différents vont s'épanouir, se découvrir au contact des livres, le plus souvent conseillés par Nathalie. Elle sait trouver le livre idéal que la personne appréciera, simplement en échangeant quelques mots. Généreuse et passionnée, elle est toujours à l'écoute de ses clients et ils se confient facilement à elle. Tel un médecin qui soigne ses patients, le livre est thérapeutique ! Et elle nous guide nous aussi dans le dédale de ses étagères en nous rappelant l'importance des livres, l'importance des mots. Il y a les livres qui font grandir, réfléchir, qui permettent de s'évader, de découvrir d'autres cultures, ceux qui nous font rire ou pleurer, ceux qu'on n'oubliera jamais, ceux qui nous donnent envie de réaliser nos rêves...
Tous les livres qu'elle cite ou conseille sont regroupés à la fin, et c'est une très bonne idée !! J'ai déjà commencé à piocher dans cette caverne d'ali-baba 😄
Le livre est bien écrit, l'écriture correspond à son personnage principal, juste, poétique, imagée. Les illustrations de chaque fin de chapitre nous emmènent vers cette Provence de carte postale.

Ce vibrant hommage aux livres et à la lecture s'accompagne de conseils de vie, de prises de conscience du monde qui nous entoure, de relations avec les autres, ce qui en fait un excellent roman "feel good" 😍

Extraits :

"Lorsque nous croisons la trajectoire d'un livre, c'est que nous avons rendez-vous. Qu'il était temps que la rencontre ait lieu."
"A l'image de ceux qui sont capables d'identifier quelle rencontre a changé leur vie, avec un peu de réflexion, il est aisé de lister les livres qui ont été des repères, comme des cairns sur notre chemin. Parfois repères rassurants sur un sentier où l'on se croyait égarés, d'autres fois invitations à changer d'orientation, voire à effectuer une conversion."
"Cessons de croire que le soleil, le loriot, la lune ou l'homme à notre bras sont acquis pour toujours et vivons comme s'ils pouvaient disparaître. Non pas dans l'angoisse de leur disparition, mais dans le bonheur de leur existence."
"Les livres soignent plus en profondeur que des antidépresseurs. Ce sont eux qui peuvent réveiller le désir de vie. Ils produisent des déplacements intérieurs qui peuvent ensuite provoquer des mises en mouvement."
"Comme il est intime, le rapport entre un lecteur et un livre !
Le temps de sa lecture, chacun est totalement libre de faire vibrer les mots parcourus et de laisser son imagination vagabonder."

lundi 28 janvier 2019

Ce que je peux enfin vous dire de Ségolène Royal

«  On voit bien que ç’a été parfois très violent pour vous. Mais vous n’avez rien dit. Comment fait-on pour tenir  ?  »
Au moment où la parole des femmes se libère enfin, beaucoup d’entre elles m’ont demandé de m’exprimer sur ce qu’une femme en politique subit en silence. Et de plus en plus d’hommes me disent  : parlez pour nos filles, nos compagnes, nos sœurs. Je me suis donc accordé ce droit de dire, et ce droit est vite devenu un devoir. La raison du silence des femmes, c’est la peur de l’humiliation. Ce fut difficile, et parfois douloureux d’écrire, car il a fallu que je revive des épreuves que j’avais rangées dans ma mémoire frigorifiée.
Mais, m’a-t-on dit, ayant été la première femme de l’histoire de France à accéder au second tour de l’élection présidentielle, vous deviez prendre la parole pour faire avancer la cause des femmes et poser des repères. Et en plus, j’ai appris de ma longue expérience des combats écologiques la ressemblance entre les violences faites aux femmes et celles faites à la nature, avec des prédateurs qui maltraitent, salissent, exploitent, trop souvent en toute impunité. Le même vocabulaire. La même loi du silence. C’est donc pour accélérer l’action que j’ai décidé de faire entendre ma voix et celles qui n’ont pas pu se faire entendre.
Respect de la nature, respect des femmes  : et s’il y avait là une réponse aux deux fléaux qui frappent aussi bien la planète que l’action politique, la déshumanisation et le déracinement ?
Ségolène Royal


Mon avis :
C'est extrêmement rare pour moi de lire un livre écrit par une personnalité politique sans m'ennuyer ferme au bout de 3 pages, alors c'est une première chronique dans ce domaine ! Mais quand on me l'a recommandé, j'ai dit pourquoi pas ?
Et bien je n'ai pas été déçue, je peux même le recommander à mon tour !

Ce témoignage est bien écrit, se lit vite et facilement.
Même si dans le monde politique, on peut se douter que ce n'est pas mieux qu'en entreprise ou au bistrot du coin, on pourrait penser que les comportements dûs aux fonctions occupées seraient plus sérieux...Mais en fait pas du tout, les propos sexistes et machistes sont plutôt ceux de la cour d'un collège ! A l'époque où Ségolène est élue députée en 1988, ce n'est pas encore la mode de la parité et les femmes devaient rester à la maison, ce qui fait qu'elle en a entendu des vertes et des pas mûres sur le fait d'être une femme en politique. Parce qu'une femme c'est forcément une ravissante idiote juste bonne à satisfaire ces messieurs ! Elle rapporte les insultes et moqueries jusqu'au sein de l'hémicycle et c'est absolument minable ! On comprend mieux pourquoi on en est encore à #metoo ou #balancetonporc.
On ne lui a pas fait de cadeaux mais elle ne lâche pas ses principes, ses valeurs. Et c'est avec courage et détermination qu'elle résiste, certaine d'être légitime dans les différentes fonctions qu'elle occupera, et ce même quand elle sera rabaissée dans son propre camp politique. Elle travaille, met ses équipes au boulot, et parce qu'elle est une femme, elle doit toujours en faire plus, pour prouver aux hommes qu'elle a sa place et que ses idées peuvent être bonnes. J'ai souvent entendu dire que ce n'était pas facile de bosser avec elle, je comprends mieux pourquoi, elle a dû secouer quelques hauts fonctionnaires 😄 Elle voulait servir son pays, se rendre utile alors qu'on lui disait que ça n'allait lui servir à rien !
Elle donne de nombreuses anecdotes sur les coulisses du pouvoir, les accords, les rendez-vous secrets, les préparations de réunions, la pression des lobbies. Le plus écoeurant est celui du glyphosate : il a fallu un groupe de femmes députées européennes courageuses pour voter contre le renouvellement de l'autorisation du glyphosate en 2016, alors qu'on leur disait de voter le contraire ! On sait malheureusement que cette autorisation a de nouveau été renouvelée. Elle parle aussi de Notre-Dame des Landes, des boues rouges toxiques, de l'huile de palme et du puissant Ferrero, et de plusieurs autres sujets liant écologie et lobbies.
Si certains pouvaient encore ignorer cette connivence, ils comprendront mieux pourquoi rien ne peut avancer en matière d'écologie, les lobbies sont trop puissants et avec l'argent, on achète tout.
Elle a tout de même réussi à laisser quelques actions positives, comme l'excellence écologique du Poitou-Charentes, le congé paternité ou l'accord de Paris. Elle s'est imposée le non-cumul des mandats, 10 ans avant la loi.
En tant que fonctionnaire territoriale, je savais déjà tout ce qu'elle avait fait en tant que présidente de la Région Poitou-Charentes, et je n'ai pu qu'approuver sa volonté de suppression des pesticides dans les communes, 10 ans avant la loi. Et même si elle n'en parle pas spécifiquement, je me souviens que les communes et les associations pouvaient demander et obtenir des subventions de la région. Ce qui n'est bien sûr plus le cas avec la nouvelle grande région Nouvelle-Aquitaine ! Et il ne faut pas croire qu'ils font des économies, simplement tout reste en Aquitaine...Et pour ce qui est de se faire une idée de la gestion du Conseil régional d'Aquitaine, il n'y a qu'à lire les livres de Zoé Shepard, c'est très instructif !!
Mais bref, tout ça pour dire que Ségolène avait quelques longueurs d'avance, certainement parce qu'elle est une femme et que les femmes sont en général plus sensibles à leur environnement, à ce que mangent leurs enfants, à l'air qu'ils respirent...
Elle évoque également son rôle de mère, d'épouse trahie dans un jeu de questions-réponses, où elle dévoile ses émotions, ses sentiments, ses réactions.

Courage, simplicité, vérités, engagement, autant de mots qui résument son "parcours de la combattante" et une citation qui résume bien le livre "On gagne toujours en liberté quand on refuse de transiger avec ses valeurs".

vendredi 30 novembre 2018

Là où naissent les étoiles de Stéphanie Blanchard

Amy a des rêves plein la tête. Hantée par un drame qui a bouleversé sa vie, sa rencontre avec Jesse va tout changer. Avec lui, elle se sent plus forte. Il est sa bonne étoile. Plus tard, elle réalise son rêve le plus fou. Reconnue, adulée et enviée, sa vie est à son apogée. Pourtant, depuis que Jesse est entré dans sa vie, des faits inexplicables et étranges s'enchaînent. Une inquiétante fatalité semble les poursuivre. Mais peut-on modifier un destin semblant tout tracé ?

Mon avis :

Reçu en service presse de l'auteur il y a déjà un certain temps, je n'avais pas réussi à m'y mettre, et pourtant une fois dedans, difficile d'en sortir !

C'est un roman assez inclassable qui mélange plusieurs genres : une romance sur fond de danse et de musique, du suspense lié à un aspect paranormal, des faits actuels de société et humanitaires...
Le roman est très ancré dans la réalité, les dates sont précises, les années et on trouve toujours des liens avec les événements marquants des années évoquées. Il nous fait aussi beaucoup voyager, à travers les Etats-Unis et l'Europe, même si New York, Paris et Dublin sont des endroits phares.
Les deux personnages principaux, Amy et Jesse, vont être sacrément secoués par la vie, et leur histoire d'amour est pleine de passions, de tumultes, de désespoirs...Le destin les brise plusieurs fois mais ils se relèvent. Pour se reconstruire, Amy est guidée par son amie Faith et trouve sa voie en s'occupant des autres, par des missions humanitaires.
Chaque titre de chapitre est un titre de chanson accompagné de son interprète, ce qui permet d'ancrer chaque chapitre, chaque événement dans un contexte particulier. Avec Amy, danseuse étoile et Jessy, musicien célèbre, la musique et la danse sont partout, elles les réunissent dans une même passion qu'ils reconnaissent en l'autre.
Mais pourquoi tous ces accidents autour d'eux ? Qui ne veut pas les voir ensemble ? C'est là qu'apparait le côté paranormal, avec des ombres noires, des intuitions ou des visions, des entités...
J'ai trouvé que ça apportait un énorme point positif à l'histoire, mais la façon de le traiter m'a parue un peu brouillon et aurait mérité d'être plus approfondie, plus précise. Amy n'accepte pas les nouvelles capacités qui lui arrivent, elle les occulte et du coup on reste nous aussi dans le flou, on passe très vite dessus, alors que plus d'explications pourraient être utiles.

C'est une très belle histoire qui nous fait vibrer, nous bouleverse et qui incite à ne jamais baisser les bras, c'est un hymne à la vie et à l'amour !
Merci Stéphanie pour ce SP 😀

Extraits :

"Un fil invisible l'avait toujours connectée à Jesse, il ne s'était jamais brisé."
"Leur amour était une force aussi destructrice que vitale qui les avait enfermés lorsque leur passion les avait rendus esclaves l'un de l'autre."

samedi 24 novembre 2018

Ça peut pas rater ! de Gilles Legardinier



– J'en ai ras le bol des mecs. J'en ai plus qu'assez de vos sales coups ! C'est votre tour de souffrir !
Et là, trempée, titubante, je prends une décision sur laquelle je jure de ne jamais revenir : je ne vais plus rien leur passer. On remet les compteurs à zéro. Je vais me venger de tout. Puisque aucun bonheur ne descendra d'un ciel illusoire, je suis prête à aller chercher le peu qui me revient jusqu'au fond des enfers.
La gentille Marie est morte. C'est la méchante Marie qui est aux commandes. Désormais, je renvoie les ascenseurs. Les chiens de ma chienne sont nés et il y en aura pour tout le monde. La vengeance est un plat qui se mange froid et je suis surgelée. La rage m'étouffe, la haine me consume.

Mon avis :

Déniché à prix réduit dans une foire, c'est mon premier Legardinier, et ce qui est sûr c'est que ce ne sera pas le dernier !
Une fois plongée dedans, c'est trop tard, on ne peut plus en sortir ! C'est le genre de roman qui vous fait coucher tard et qui vous fait remarquer si vous avez le malheur de le lire en public !

Beaucoup de thèmes sont traités ici, des sujets d'actualité, souvent sérieux ou tristes, mais la manière de les décrire, l'angle de vue les rend complètement différents.
Il y est question de rupture amoureuse, d'héritage familial, de liquidation d'entreprise, de reconstruction de soi, des relations hommes/femmes...
Après une relation de 10 ans avec un crétin arrogant, Marie se fait jeter dehors, remplacée par une autre...et après avoir touché le fond (de l'eau entre autre), elle va rebondir très très haut ! Devenue célibataire à la trentaine, elle ne veut plus subir et va se prendre en main, avec des hauts et des bas, bien sûr. Mais elle est bien entourée : sa famille, ses collègues, sa meilleure amie Emilie, tous vont l'aider à leur façon, et réciproquement.
C'est ce côté humain, familial (quelle que soit la "famille" dont on parle) et émotionnel qui est mis en avant et qui permet à chacun d'évoluer et d'avancer. Il y a une belle galerie de personnages très différents et très attachants qui représentent tous la vie, les rêves, les échecs et les espoirs de notre société. La coexistence de plusieurs générations permet la transmission du bon sens, de l'expérience et de la sagesse. Les métaphores utilisées sont très pertinentes.
Le tout est extrêmement drôle, bien tourné, les formules sont hilarantes, et quand ce n'est pas drôle, c'est touchant, émouvant, et toujours très juste. Sans doute parce que les situations nous parlent, nous semblent réelles, même si parfois Marie part loin dans ses délires 😉
J'ai souvent pouffé de rire sur des phrases ou des expressions, et même explosé de rire face à certaines situations vraiment jubilatoires !

Bref, c'est frais, délicieux, plein d'humour, d'attentes, d'espoirs, plein de vie en fait 😄 et maintenant je n'ai qu'une envie c'est découvrir ses autres romans ! Comme quoi, un roman dont le personnage principal est une femme, écrit à la 1ère personne mais par un homme, peut très justement toucher ses lecteurs !
N.B. : Même les remerciements sont touchants et drôles, ça peut pas rater !!!

Extraits

"Je suis sciée. ça fait deux fois que je suis sciée en moins de douze heures. Je vais finir en bûchettes. Une belle flambée avec la Marie sciée. Ce n'est pas grave, de toute façon je souhaite être incinérée."
"Un jour, celui-là, je vais me l'encadrer façon toile de maître, avec les dorures et tout le musée autour."
"J'ose avancer d'un pas vers lui. Surpris, il recule légèrement.C'est dans ce petit mouvement, dans son amplitude, que l'on mesure l'écart qui existe entre l'orgueil d'un homme et son véritable courage."
"Y a-t-il un moment dans la vie où notre façon d'agir correspond à l'image que notre année de naissance est censée renvoyer ? Je redoute ce moment-là. J'ai envie d'être un vin qui ne prend pas de tanin, envie de rester un perdreau de l'année. Mais ces derniers temps, je sens le bouchon et j'ai pris du plomb dans le magret..."
"Pour aimer les hommes et les accepter, il faut garder le contact avec ce qu'ils sont au-delà des allures qu'ils se donnent."
"On devient vieux lorsque l'on cesse d'apprendre."
"Elle sautille sur place en tapant dans ses mains. Je ne suis donc pas la seule otarie sur ce morceau de banquise en perdition ? ça fait chaud au coeur. Ce qui peut d'ailleurs être un problème, parce que ça va en accélérer la fonte."
"On dit souvent que l'enfer est pavé de bonnes intentions.Je le constate encore aujourd'hui. mais je me permets d'ajouter que si le diable payait le fioul plein pot pour chauffer son royaume, il y a longtemps qu'il serait devenu gentil et on n'en serait pas là."
"Ce qui remplit votre temps n'est pas forcément ce qui comble votre vie."
"Je reconnais bien là cette quête de perfection qui caractérise les femmes. On vous remplit tellement le crâne avec les coups de foudre et l'amour absolu que vous êtes forcément déçues de ce qui se passe en vrai. Vous espérez le prince charmant qui n'existe pas et ensuite, vous ne croyez plus en rien. Il faut déjà beaucoup de chance pour trouver celui avec qui vous pouvez traverser le temps. La vie est un puzzle dont on assemble les pièces chaque jour. Avez-vous déjà vu quelqu'un poser les pièces au bon endroit du premier coup ? Il faut essayer, garder une vue d'ensemble. On nous rebat les oreilles avec la beauté des premières fois. Pour ma part, je préfère les meilleures plutôt que les premières. Ce sont rarement les mêmes. Chaque jour est une première fois.On est fichu quand on pense avoir déjà tout vécu. On reste tant que l'on a encore des choses à découvrir et à comprendre. Quand on a fini le puzzle, c'est vraiment la fin."