vendredi 15 janvier 2016

Une reinette deux têtards et trois princes charmants / Sale temps pour la reinette de Claudine Levaldaur


Résumé

A l'aube des années 80, en pleine guerre froide, choc pétrolier, crise économique, disco... (ben, ça promet !) arrive un petit têtard, Sophie Nowak, qui va changer la face du monde... de ses parents. Parviendra-t-elle à surmonter les obstacles de la vie ? À faire sa place dans cet univers, cruel, étrange et déjanté ? Vous le saurez en suivant ses aventures ! Un superbe roman générationnel et drolatique, qui traite avec intelligence et émotion de la naissance, de l'enfance, de l'adolescence, des premières amours, du grand amour et de la vie de couple...
Tout est raconté avec beaucoup de légèreté, de simplicité et d'humour. Un agréable moment de lecture garanti !

Mon avis :

J'ai rencontré l'auteur sur le salon du livre de Montendre et comme je n'arrivais pas à me décider entre ses 2 livres, j'ai pris les 2 !!

On peut dire que Sophie Nowak, la narratrice, commence son histoire depuis le début puisqu’on assiste à sa naissance. D’entrée, le ton est donné, elle va tout nous raconter et on ne s’ennuie pas une seconde !
La vision du monde par un fœtus est plutôt intéressante et amusante mais aussi sûrement très réaliste par rapport à son arrivée dans ce monde de brutes qui est le nôtre.
Ah si les bébés pouvaient parler, on serait surpris par tout ce qu’ils ont à dire et leur façon de voir les choses…et bien c’est ce que fait Sophie, et tout y passe : le baptême, l’anniversaire, la nounou, les premiers mots, les premiers pas, l’apprentissage de la propreté, le Père Noël, l’arrivée de son petit frère…
Toute sa vie y passe en détails et loin d’être ennuyeux, c’est un vrai délice d’assister à son parcours, depuis son entrée en maternelle jusqu’à la fac.
Toutes les sensations, les émotions, les découvertes sont décrites par les yeux de l’enfant qu’est Sophie et tout sonne juste, c’est à la fois léger, drôle et sérieux.
Moi qui suis de la même génération que Sophie, et en plus de la même région, tous les éléments trouvent un écho particulier, j’ai les mêmes souvenirs !
Les dessins animés qu’elle regarde sont ceux que j’ai connus, tout comme la galère des cours d’informatique de cette époque.
Avec le collège, arrivent la puberté, les boutons, les règles, les dispenses de sport, les séries tv et Roch Voisine (aahhh Roch…), les engueulades avec les parents, le premier baiser, le terrible voyage en Angleterre, les amis…

Sophie est vive, drôle, touchante, émouvante, on s’identifie  facilement à elle parce qu’on a vécu beaucoup de choses similaires et qu’on aurait voulu les décrire de cette façon-là. Et ce que j’aime aussi c’est qu’elle s’en sort toujours, c’est un roman résolument optimiste, il y a toujours une solution. Que ce soit par elle-même, ou grâce à ses parents ou à ses amis, tout s’arrange pour le mieux.
Vous trouvez que ça fait trop bisounours ? On s’en fout, c’est notre époque aussi !
Et en même temps, elle relie ses propres moments de vie à certains événements mondiaux marquants comme la chute du mur de Berlin ou la guerre du Golfe, et elle traite de problèmes de société tels que la vision de l’homosexualité, les difficultés d’entrée dans la vie active, le harcèlement au travail.

Au fil du roman et du passage à l’âge adulte, le récit devient plus sérieux et annonce ainsi le tome 2.


Extraits :

"Malgré mes efforts d'adaptation, les femelles alpha de la cour de récré avaient jugé que je n'étais pas digne d'appartenir à leur groupe. J'étais blonde (le premier qui me sort une blague sur les blondes se retrouve avec une greffe de tong fessiale !!)"

"Aussi sympathique qu'un devoir de maths, c'était un homme pâle, froid et rachitique, en tout point identique à Gargamelle :
- Asseyez-vous ! Je suis le père Xavier et quand je parle, on se tait ! Je suis un prêtre et un prêtre est un représentant de Dieu sur Terre. C'est lui qui apporte la parole de Dieu...
Je le trouvais très flippant, surtout lorsque j'appris qu'il parlait au nom de quelqu'un qu'il n'avait jamais vu ! A ses tendances schizophrènes s'ajoutait sa mythomanie. Il prétendait que le monde avait été créé en 7 jours et que l'espèce humaine descendait d'un seul couple prénommé Adam et Eve. Mieux, d'après lui, si les humains souffraient et n'étaient plus au paradis, c'était parce qu'un serpent avait convaincu Eve de manger une pomme. Alors un serpent qui parle, passait encore, mais le coup de la pomme, personne n'y croyait, ça faisait trop Blanche Neige !"

"C'était un beau brun, d'un mètre quatre-vingts, taillé comme un dieu grec (enfin comme Apollon, pas Bacchus...). Aucune fille ne résistait à son charme et évidemment, je n'échappai pas à la règle. Dès que je le vis, le 24 septembre 1995 à 10h14, j'eus immédiatement le béguin pour lui. La bave aux lèvres, l'intelligence d'un bulot, le regard d'une laitue...tout y était."

"Je n'en croyais pas mes yeux. C'était Candy Fourret ! La Candy Fourret de mon enfance !
- Salut !
- Salut ! répondis-je.
- Ah, c'est dingue de tomber sur toi comme ça ! Qu'est-ce que tu deviens ?
- Ben je suis formatrice en histoire, géo et français, et toi ?
- Moi, je suis une maîtresse.
- Ah, c'est cool ! Et tu enseignes dans le coin ? 
- Non, j'exerce à Paris et je ne suis pas institutrice, je suis une maîtresse, une dominatrice si tu préfères.
Sentant que je ne comprenais toujours pas, elle précisa :
- Je travaille dans le milieu SM.
- Le Sur-Mesure ? Mais...
- Mais non ! me coupa-t-elle. Le sadomasochisme !"






 Résumé :


Cela fait pratiquement trois ans que Sophie Nowak s’occupe sereinement de ses petits têtards : Flora et Gianni. Aux côtés de Bruno et Augusto, alias Papa et Papou, elle jongle d’une main de maître entre les lessives et les comptines, les biberons et la pâte à modeler. Bref ! Tout serait parfait dans la vie de cette trentenaire accro au kinder bueno si ses jumeaux ne devaient pas intégrer la maternelle.

Chamboulée par cette rentrée, la reinette est totalement paniquée…
Ses tendres bébés pourront-ils vivre sans elle ?
L’instituteur sera-t-il à la hauteur ?
Et elle ? Parviendra-t-elle à allier vie professionnelle et vie privée ?
A rentrer ses fesses dans un tailleur 38 et enfin, à trouver un mec valable ? …

Vous le saurez en suivant une fois encore les aventures de Sophie Nowak, la Lara Croft des couches culottes !

Mon avis :


Le tome 2 est plus sérieux, plus adulte, mais toujours drôle, pétillant, réaliste et plein d'émotions.

La vision du monde est toujours celle de Sophie mais cette fois en tant que mère, qui doit abandonner ses enfants dans "l'univers carcéral" de la maternelle, quitter son jogging pour reprendre le boulot après son congé parental, faire plaisir à ses amis, trouver une nounou, et...un homme !
Et la quête de l'homme de sa vie s'avère très compliquée (ça doit être qu'on devient difficile en vieillissant !) Comme toute célibataire trentenaire de notre époque, elle va tout essayer : boîte de nuit, collègues, plans foireux organisés par les copines, sites de rencontres, speed-dating…C’est la partie la plus drôle, sans doute parce qu’elle est très juste !

Son meilleur ami Bruno et son compagnon Augusto, les "papas" des enfants attendent le vote de la loi autorisant le mariage gay pour fixer la date de leur mariage.
La vision de l’homosexualité esquissée dans le tome 1 prend ici une grande place car on est en plein débat sur le mariage gay et les manifestations anti qui avaient lieu. Avec toutes les dérives que cela implique : les parents traités de monstres, les enfants qui s'insultent parce qu'ils répètent les paroles de leurs propres parents...

Mais encore une fois, tout finira bien et tout le monde vivra heureux :) 


En quelques mots : des romans frais, très agréables à lire où les pages se tournent toutes seules, de la chick-lit à la française, bourrés de références qu’on connait et qu’on aime retrouver.

Extraits :

"- T'en fais pas, me rassura-t-elle, j'ai LA solution à ton problème.
- Ah bon ? répliquai-je perplexe.
- Oui, m'affirma-t-elle, et ça tient en deux mots, enfin non trois : sites de rencontres !
- Tu te fous de moi là ?
- Non, je t'assure ! insista-t-elle.
- Mais je ne suis pas désespérée à ce point-là ! m'offusquai-je.
- Pourquoi dis-tu cela ?
- Parce que je ne vois pas trop comment ces sites rassemblant des experts du Kamasutra et de l'échangisme vont pouvoir m'aider à trouver l'homme de ma vie."

"Il était loin le temps où les godiches attendaient, en haut d'une tour, qu'n benêt permanenté arrive sur son fidèle destrier. Egalité des sexes oblige, les godiches étaient à présent descendues de leur donjon et avaient pris leur vie en main."





vendredi 6 novembre 2015

La Marquise de Sade de Mireille Calmel





Résumé :

Avec le charme et la puissance d'évocation des plumes libertines, Mireille Calmel nous invite à découvrir les mœurs les plus secrètes de la cour de Louis XV... 
En cet été 1763, Renée Pélagie de Montreuil est depuis quelques mois la Marquise de Sade. Une Marquise très éprise mais très chaste qui reçoit une mystérieuse lettre l'informant de l'inconduite de son époux et l'invitant à assister à ses frasques. Un premier billet anonyme qui ouvre à la belle Marquise des horizons délicieusement interdits... 
Un roman piquant et sensuel dans le Paris des Lumières et du libertinage.

Mon avis :


Tout le monde connaît ou a entendu parler du marquis de Sade, mais qui était sa femme ? C’est sur cette interrogation que Mireille s’est penchée pour nous livrer ces chroniques libertines.

Renée Pélagie de Montreuil épouse Donatien Alphonse François, futur marquis de Sade en 1763. C’est un mariage arrangé par sa mère qui se voit déjà à Versailles par cette alliance, et la dot considérable de la demoiselle arrange bien les affaires du fiancé.
Malgré cela, elle tombe tout de suite amoureuse de lui. Seulement voilà, elle a été élevée en bonne chrétienne : le mariage c’est pour procréer, pas pour avoir du plaisir. Elle ne sera donc pas l’amante qu’il attendait, elle refuse de se montrer nue et elle prie pendant leurs ébats…

On entre immédiatement dans le vif du sujet grâce à la lettre d’un mystérieux correspondant qui dit être un ami et qui prévient la jeune épouse de l’infidélité de son mari, ce qu’elle va pouvoir vérifier immédiatement. Elle constate avec effroi que Donatien se livre à toutes les débauches possibles avec des servantes, des prostituées, des femmes de la cour...
Même si ces spectacles la titillent, elle va se mettre à prier pour eux deux, et se priver de tout plaisir afin de sauver l’âme de son mari.

Le livre est basé sur cette correspondance secrète entre la marquise et cet ami dévoué, et petit à petit des liens de confiance se tissent, il est plus facile d’avouer et de reconnaître ses sentiments, ses émotions, quand on ne sait pas exactement à qui on s’adresse.
Et au fil des lettres et des mots, cet ami va l’inciter à aller plus loin, à se découvrir elle-même et à apprivoiser le désir et le plaisir.
Cette découverte et cet apprentissage des sens est terriblement érotique, elle découvre un tout nouveau monde, et elle y gagne en assurance, en confiance en elle.
On la plaint à ses débuts dans les salons avec  la Pompadour, car elle donne l’impression d’avoir été lâchée avec les fauves ! Mais on la retrouve plus tard, avec un aplomb très appréciable face à sa mère ou à son confesseur.
On y apprend également l’origine de la sexualité perverse du marquis de Sade.
La marquise montre une abnégation absolue, un amour inconditionnel pour son mari.

L’épanouissement de la femme par la sexualité conté par la plume coquine et poétique de Mireille est un vrai régal, à mettre entre toutes les mains !

Extraits :

« Le désir, Madame, est un royaume à lui seul. Il faut le parcourir, s’émerveiller de ses richesses, en déligner les limites, s’en approcher au plus près pour mieux les respecter. Alors seulement, tel un seigneur vertueux et fier de ce qu’il possède, on peut régner sur lui et l’aimer pour ce qu’il est. »

« Le but n’est pas le plaisir, mais tout ce qui, d’une manière ou d’une autre, vous y mène. On ne peut l’atteindre sans amour. Et que serait l’amour, Madame, sans une confiance totale en l’autre, sans être assuré qu’il saura vous le donner jusqu’à ce que vous en ayez exploré tous les méandres, jusqu’à ce que vous l’ayez usé, vaincu, tué, jusqu’à ce que de ses cendres, vous tiriez de quoi vous en laver…Je veux que vous m’aimiez les yeux ouverts et sans gêne, mais pas pour ce que je suis, pas pour qui je suis. Parce que vous, vous vous aimerez, telle que vous devez vous aimer. »

« Vous m’avez fait perdre la notion des minutes, tant vous vous êtes appliqué à ce qu’elles me soient longues et enfiévrées. »